| «Ahebba Ettarab» en concert Coup de chapeau à des amateurs |
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Le Théâtre municipal a fait le plein, mardi dernier, avec une soirée
qui, sans exagération aucune, était exceptionnelle. Elle l’était à tous
les niveaux et dans les moindres détails. Pourtant, l’ensemble «Ahebba
Ettarab» n’existe que depuis 2004.
Au départ, des invidualités
(hommes d’affaires prospères, chirurgiens, pharmaciens, avocats)
mordues de musique lyrique, de tarab, celle qui élève les âmes jusqu’à
l’extase. Ils s’adonnaient à leur passion avec la même ferveur observée
chez les gens du métier, les professionnels. Ils se retrouvaient
épisodiquement dans des réunions familiales, tantôt à Sfax, tantôt à
Tunis. C’est alors que leur est venue l’ingénieuse idée de se
constituer en groupe. Ils se sont mis à la recherche d’un excellent
maître, un spécialiste au talent confirmé, Abderrazak Hihi.
Depuis,
les choses ont évolué, et ce qui au départ était pour certains une
lubie passagère, une fantaisie pour des illuminés désœuvrés, a pris une
tout autre tournure avec leur premier récital, le baptême du feu, donné
en 2008 à Dar Husseïn, dans le cadre du festival de la Médina qui fut
un succès. L’assiduité a finalement payé. L’autre qualité de cet
ensemble musical est le bénévolat. Les bénéfices des deux galas, ceux
de 2008 et de mardi dernier, vont à des œuvres caritatives. C’est dire
que ce n’est pas l’appât du gain qui les motive. Bien au contraire, ils
ont dû aller de leur poche pour entretenir cette passion et monter des
spectacles d’une telle envergure. Une autre originalité de
l’ensemble est qu’il compte en son sein cinq couples tous médecins.
Trente-cinq solistes, instrumentistes et interprètes, tous placés sous
la houlette du maestro Abderrazak Hihi, ont agréablement surpris en
entamant, dès l’ouverture, une ballade à travers daour et wasla et des
suites librement agencées. La chorale a interprété successivement du
Mohamed Osman Ya manta wahachni (A quel point tu me manques), du Sayed
Darwish, Ana mot fi hobak (Ton amour tue) et une taqtouqa de Zakaria
Ahmed Ya halawt Donia (La vie est belle). Toute en homogénéité, la
chorale ne faisait qu’un. Les instrumentistes, performants, ont brodé
des ornementations puisées dans les phrasés mélodiques chantés par les
seize choristes (neuf jeunes femmes en fleurs et sept messieurs). Vint
le tour des mélopées composées par des artistes de génie,Kassabgi,
Darwish, Zakaria, Férid Latrech et compagnie. Ya bedal ward (La magie
des roses) et Imta ha taâref d’Ismahan interprétées successivement par
Imen Affès et Sonia Kammoun qui n’ont en aucun cas démérité. Des
tonnerres d’applaudissements en témoignage de reconnaissance. Le public
a été très sensible à la performance de Hafedh Marrakchi dans le
chef-d’œuvre de Sayed Darwish Dhayaât mostqbal hayati. Emportée par ces
voix gorgées d’émotion, la Bonbonnière exprimait son admiration par des
bravos et des signes d’approbation et d’enthousiasme de plus en plus
nourris au fil des passages sur scène des interprètes qui, sans
imitation ni pastiche, ont offert au public des plages de variations.
Après
la pause, l’orchestre, de retour sur scène, a démontré, avec conviction
le degré de sophistication et de lyrisme, la richesse musicale du
patrimoine tunisien illustré et dignement par Salah Mahdi, Mohamed
Jamoussi, Hédi Jouini et Triki. Najoua El Kamel Klibi était divine dans
Nadhra min aïnik (Il a suffi d’un seul regard).
Dirigé de main
de maître par A. Hihi, avec beaucoup de doigté dans son jeu dépourvu de
l’exubérante fantaisie propre à certains chefs d’orchestre, l’ensemble
a brillé de mille feux, témoignant au passage que le talent dont il a
fait montre n’est ni fortuit ni dû au hasard, puisqu’il repose sur la
passion et s’appuie sur une détermination efficace qui ne fait pas dans
les demi-mesures.
Adel LATRECH
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